Quelques églises des Assemblées de Dieu de France ont établi et développé depuis plusieurs années des relations avec d’autres églises protestantes, membres de la Fédération Protestante de France.

Leur théologie (confession de foi), leur ecclésiologie (pratiques en église), leurs convictions éthiques n’ont pas changé au fil de ces années ; elles on pu s’enrichir du regard des autres, et elles sont restées fidèles à ce qui les caractérise, à leur identité.

Bien plus, elles ont osé et osent encore affirmer et défendre leurs choix, tout en respectant ceux des autres…

Quelles raisons poussent donc ces églises à poursuivre cette voie, si décriée par ailleurs ?

 

Nous ne sommes pas seuls

 

Nous ne sommes pas les seuls ni les premiers à nous réclamer du Christ Jésus ! Bien d’autres, innombrables, l’ont fait avant nous et le font encore. Doit-on les ignorer, voire les mépriser ? Il nous semble lire dans les évangiles que celui qui n’est pas contre Jésus est avec Lui.

Il nous semble lire également le désir intense du Père pour l’unité de ses enfants ; non pas une unité utopique dans laquelle tout le monde pense et pratique exactement la même chose ! Mais une unité semblable au corps humain, composé de plusieurs membres, tous différents les uns des autres, mais fonctionnant dans un même but, conduits par un même esprit, animés de la même vie…

Nous pourrions gloser sur ce thème de l’unité des chrétiens et dire qu’elle doit reposer avant tout sur la Parole de Dieu, puis sur l’amour, l’amour « dans la vérité »… mais sommes-nous bien sûr d’avoir toujours la même lecture des textes « entre nous » ? Et puis, pour regarder plus loin que le bout de son nez, sommes-nous certains que nos frères et sœurs des Assemblées de Dieu, dans le monde, ont compris les choses exactement comme nous le faisons ? Restons-en là !

Il nous semble lire encore que nous devons aimer ardemment notre frère en Christ – et pour ceux qui ne sont pas encore nos frères en la foi – aimer notre prochain comme nous-mêmes. La parabole du bon Samaritain nous invite à nous arrêter, prendre le temps et dépenser l’argent nécessaires pour devenir le prochain de celui qui croise notre route…

Quant à déterminer qui est « vraiment » notre frère ou notre sœur en Christ, au-delà du groupe auquel il appartient et qu’il est facile de classer d’après son étiquette, qui s’y risquera sans déconvenue ? L’Evangile nous demande de ne pas juger sur les apparences, et nous indique qu’on nous jugera avec la même règle que nous aurons utilisée pour les autres… à méditer ! Nous voulons, en ce qui nous concerne, avoir un profond respect pour tous ceux qui se réclament de Jésus-Christ, pensant qu’il ne nous appartient pas d’établir qui a une réelle communion spirituelle avec Dieu par Jésus-Christ, et qui n’en a pas.

 

Nous avons besoin les uns des autres

 

« L’œil ne peut pas dire à la main : je n’ai pas besoin de toi ; ni la tête dire aux pieds : je n’ai pas besoin de vous. »  1 Corinthiens 12.21

Le corps de Christ, l’Eglise, dépasse la paroisse locale, tout le monde l’a compris ; mais comment chacun le vit-il ?

Dans plusieurs domaines, la Fédération Protestante de France est incontournable : pour participer aux aumôneries aux armées, des hôpitaux, des prisons. Dans certains pays étrangers, la présence de missionnaires ou d’assistants de mission ne peut plus ou ne pourra plus se faire sans son aval. L’utilisation des grands media nationaux (pour des émissions télévisées ou radiodiffusées) est impossible sans son intermédiaire. Enfin, sans son action auprès des gouvernements politiques pour influencer voire modifier la rédaction de certaines lois, que se passerait-il ? La Fédération Protestante de France est le seul organisme reconnu par les pouvoirs publics comme rassemblant une majorité de protestants ; et il le restera.

Mais si nous avons besoin des autres, ils ont aussi besoin de nous – et ils le savent – pour une parole complémentaire qui interpelle, un regard différent qui permet de mieux comprendre et qui porte à l’enrichissement mutuel. Nous avons tous et toujours besoin les uns des autres…

 

 Témoigner au monde ensemble

« A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres » Jean 13.35

« … afin qu’ils soient parfaitement un, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés, comme tu m’as aimé » Jean 17.23

On ne peut pas comprendre de ce texte une unité parfaite « auprès de Dieu », car de quelle utilité serait-elle pour convaincre le monde ? Cette unité parfaite qui nous dépasse doit être recherchée, construite, vécue sur terre… même si elle nous apparaît souvent comme bien fragile ou inaccessible.

Ce témoignage ne peut ni ne doit être monolithique, mais le plus varié possible pour qu’il puisse atteindre le plus grand nombre. Paul s’est fait « tout à tous, afin d’en sauver de toute manière quelques-uns » (1 Corinthiens 9.22).

« Certains prêchent le Christ par envie et rivalité… leurs intentions ne sont pas pures… Qu’importe ! de toute manière, … Christ est annoncé ; je m’en réjouis, et je m’en réjouirai encore… » (Philippiens 1.15ss)

Il nous paraît vain de nous quereller sur les motivations ou sur les moyens qu’utilisent les uns ou les autres (la prédication opposée à l’action sociale, l’action syndicale ou politique opposée au témoignage « biblique », etc.)

Nous voulons être ensemble des témoins dans toutes les couches de la société, là où Dieu nous a placés Lui-même, sans lorgner sur ou critiquer ce que fait le voisin - différent de nous - mais en étant côte à côte dans un témoignage complémentaire empreint de cohérence, selon le principe de subsidiarité.

L’Eglise n’a que trop montré au monde ses divisions honteuses au cours de l’histoire !

  

Et nos différences, alors ?

 

Nous pourrions gager qu’elles demeureront… éternellement ! Puisque nous sommes tous différents, uniques même ! Dieu l’a VOULU ainsi. Comment peut-on encore croire à cette utopie d’être un jour tous pareils, de professer un jour tous exactement la même chose, d’avoir une « unité de doctrine » parfaite, reflet de notre égotisme viscéral ? Il faudrait déjà s’entendre sur le sens à donner au mot « doctrine », qui n’a à l’origine rien de théologique. Ce sont les hommes – et non Dieu – qui ont inventé les doctrines et les théologies, même qualifiées de « bibliques »… Certes, il est nécessaire de s’accorder sur l’essentiel, mais plus on entre dans le détail et plus on s’éloigne les uns des autres. Et comme, en fait, celui qui n’a rien compris, c’est TOUJOURS L’AUTRE…

 Notre relation avec Dieu est, qu’on le veuille ou non, UNIQUE ! Il y a des choix auxquels je ne pourrai souscrire, hic et nunc, mais n’oublions jamais que chacun reste libre et responsable de ses orientations, et que chacun est « en marche », « en devenir » dans cette aventure dynamique qu’est la foi en Jésus-Christ, toujours à renouveler, à approfondir, à redécouvrir en quelque sorte.

Dans tout groupe humain, de quelque taille qu’il soit, de la cellule familiale à la société dans son ensemble en passant par la communauté religieuse, nous serons confrontés à des choix, faits par d’autres, que n’aurions pas faits. Il n’empêche que nous ne cesserons d’appartenir à ladite société, à ladite cellule familiale, à ladite communauté religieuse ; s’isoler sur une île déserte n’y changera rien.

La Bible parle d’intégrité, de sainteté et de pureté à différents niveaux, mais le risque n’est pas nul de tomber facilement et sans s’en rendre compte dans un pharisaïsme religieux moderne, où l’on finit par se retrouver seul, après avoir exclu tous ceux qui ne sont pas « comme nous ».

 La nature elle-même, dans l’infiniment grand comme dans l’infiniment petit, ne nous enseigne pas l’unicité, la copie conforme ou le clonage, mais l’harmonie merveilleuse – n’est-ce pas cela l’unité véritable ? – d’une multitude de variétés infinies…

 Il nous faudra plutôt apprendre à « faire avec », à « voir autrement », à nous connaître et nous affirmer mieux pour nous comprendre et nous aimer davantage, et rechercher cette harmonie tant voulue de Dieu bien qu’elle nous soit si étrangère, par nature, sans doute en grande partie à cause du mal qui nous a tous atteint. La différence, même si je la perçois souvent comme une menace, voire une agression – dans la mesure où elle n’attente pas à la survie d’autrui – m’est offerte pour m’enrichir et pour m’aider à échapper à ma suffisance.

 Et comme l’a dit un sage : « Dans ce qui est essentiel, unité ; dans ce qui est secondaire, liberté ; et en tout, charité. »